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La chancelière allemande Angela Merkel et le président américain Donald Trump discutent au sommet du G-20.

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Le retour de l'anti-américanisme en Allemagne

12/03/2019  •  de latrompette.fr
 
À la mi-février, l'Allemagne accueillera la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC), une conférence annuelle importante à laquelle assistera la chancelière allemande Angela Merkel, le vice-président des États-Unis, Mike Pence, et le président égyptien Abdel Fattah El-sisi, pour n'en citer que quelques-uns. Le MSC a souvent été le théâtre d'annonces majeures dans la politique étrangère européenne.
Le 11 février, la Conférence a publié son rapport, qui a dépeint, sans conteste, le président Trump comme la force déstabilisante dans le monde. La presse allemande Deutsche Welle a écrit : « L'ordre libéral mondial se fragmente, mais qui peut rassembler les pièces à nouveau ? ... Le monde est en crise—et les États-Unis ne font qu'aggraver les choses. C'est le verdict audacieux du rapport de sécurité de Munich.»

Le rapport MSC cite une récente étude internationale de Pew selon laquelle le président Trump est perçu comme une menace plus grave pour la sécurité de l'Europe que la Chine ou la Russie.

L'étude a également montré que les personnes en France et en Allemagne sont nettement plus susceptibles de faire confiance au président russe Vladimir Poutine ou au président chinois Xi Jinping qu'à M. Trump, pour agir correctement sur la scène mondiale.

Le président du MSC, Wolfgang Ischinger, ancien ambassadeur de l'Allemagne aux États-Unis, affirme que cet outrage international contre M. Trump signifie que l'Europe doit agir seule.

Parlant avant la conférence, M. Ischinger a déclaré que lors de la conférence de cette année, il serait important que l'Europe montre aux « participants non européens que l'UE est prête à défendre ses intérêts en s'affirmant ».

Ce n'est pas la première fois que M. Ischinger utilise la conférence pour adopter une politique étrangère plus indépendante. Cependant c'est la première fois, de mémoire récente, qu'un président américain est utilisé comme une justification pour la promotion d'une plus grande autonomie européenne.

Ischinger va même plus loin en affirmant que l'Europe a besoin de sa propre politique afin de contrer le leadership très erratique des États-Unis.

Les propos d'Ischinger semblent faire écho aux commentaires du 6 novembre du président français Emmanuel Macron, qui plaidait pour une « véritable armée européenne », qui permettrait à l'Europe de « se protéger vis à vis de la Chine, de la Russie et même les États-Unis d'Amérique » (l'accent est ajouté).

Tous ces appels à l'unité et à la militarisation de l'Europe sont justifiés pour contrer les actions de M. Trump. En réalité, l'élément moteur n'est pas l'anti-Trump mais l'anti-américanisme.

Alors que la presse européenne et les dirigeants dépeignent leur anti-américanisme comme une réaction récente contre M. Trump, cette haine de l'Amérique était clairement évidente avant que M. Trump n'entre en fonction.

Le 11 février, Bruce Bawer de PJ Media publiait « L'anti-américanisme : aussi Allemand qu'un strudel aux pommes ». Il écrivait :

Le FAZ [le Frankfurter Allegmeine Zeitung], a signalé que 85% des répondants à une enquête de Atlantik-Brücke, considèrent les États-Unis, soit « négativement » ou « très négativement ». Beaucoup d'Allemands ont une opinion plus favorable sur la Chine communiste que sur les États-Unis ; plus de la moitié voudrait que l'Allemagne prenne ses distances vis à vis des États-Unis, alors que seulement 13% souhaitent une relation plus étroite. …

Il était assez prévisible que FAZ relierait les résultats du sondage Atlantik-Brücke à l'inauguration de Trump. Mais en réalité, l'anti-américanisme allemand n'a rien à voir avec Trump. Bien sûr, l'anti-américanisme existe partout dans le monde, et particulièrement en Europe, dont les élites politiques et culturelles ont perçu les États-Unis démocratiques dès sa fondation avec un mépris aristocratique. Mais le mépris pour les États-Unis a toujours été particulièrement intense—et irrationnel—en Allemagne, qui a ses propres raisons distinctives (si c'est le mot juste) de mépriser la superpuissance de l'autre côté de la mer.

Le commentaire de Bawer selon lequel l'anti-américanisme allemand était antérieur à l'administration, n'est pas seulement sa propre invention. Il a cité de nombreux rapports, dont certains pourraient sembler trop difficile à croire, mais il suffit de cliquer sur les liens pour les lire directement à partir des penseurs allemands eux-mêmes. Il poursuivait :

Le journaliste le plus sensé en Allemagne, Henryk M. Broder, a déclaré dans un article de 2013 paru dans die Welt, que « l'anti-américanisme sauvagement romantique » de ses compatriotes remonte au 19e siècle. ... Après le 11 septembre, ils ont dit que les États-Unis ont reçu ce qu'ils méritaient pour avoir bombardé Dresde et Hiroshima. Résumant l'attitude générale, Broder écrivit : « Peut-être avons nous un passé honteux, mais les Américains ont un présent honteux. » Pour les Allemands, diaboliser l'Amérique est un moyen pratique de traiter—ou, plutôt, de ne pas faire face à leur propre histoire.

En 2014, Eric T. Hansen, un écrivain indépendant américain basé à Berlin, racontait, de façon amusante dans Die Zeit, ses efforts infructueux pour vendre des articles à des publications américaines sur divers événements qui révèlent la face cachée de l'Allemagne. Hélas, il a découvert que les Américains n'étaient pas intéressés à « la critique aveugle de l'Allemagne » ; en revanche, si les mêmes événements avaient eu lieu en Amérique, « vous seriez en mesure de les lire dans les journaux allemands le lendemain matin ». Hansen a fait remarquer que l'anti-américanisme n'est pas seulement « socialement acceptable en Allemagne », c'est « carrément politiquement incorrect de rater une occasion » de rabaisser l'Amérique. Il présenta une théorie : Alors que la perte de la Seconde Guerre mondiale avait rendu l'antisémitisme verboten [interdit], « le vide qui en résulta fut bientôt comblé par l'anti-américanisme. » ...

Alexander Grau, un philosophe allemand, évoquait ce point dans un article convaincant de 2014 : Bien que les Allemands puissent attribuer leurs sentiments anti-américains à leur dégoût pour un dirigeant américain ou pour une politique américaine, « les doutes allemands à l'égard des États-Unis sont plus anciens et plus profonds. Le nouvel anti-américanisme est un vieil anti-américanisme », établi dans l'hostilité du 19e siècle à l'égard de la société de masse, de la mécanisation et du « capitalisme impitoyable » associé dans l'esprit allemand à l'Amérique et à—hum, hum—« la communauté juive financière internationale ». …

« L'Amérique », écrivait Grau, « représente à peu près tout ce qui est mal vu dans ce pays : l'individualisme, la responsabilité personnelle, le scepticisme à l'égard de l'État, le capitalisme. » Mais le plus choquant pour les Allemands, suggérait Grau, est « l'idée de la liberté », qui apporte avec elle « la concurrence au lieu d'une économie collective confortable, et la dissidence au lieu d'un consensus confortable ». Grau poursuit, « L'idée de la liberté ne se ressent pas pour eux comme elle le fait pour nous. Leurs ancêtres ont mené des guerres de conquête, et ils le comprennent bien ; mais ils ne seront jamais en mesure de traiter pleinement le fait que les Américains se sont battus effectivement pour les libérer d'un dictateur psychopathe qu'ils avaient suivi, dans une obéissance aveugle. ... »

Les sondages, les citations et les insultes qui émanent aujourd’hui des dirigeants et des journalistes allemands ne sont que les manifestations les plus récentes d’une mentalité historiquement différente, et ceci se développe vers un autre affrontement.

Alors que les représentants du gouvernement européen et de l’industrie écouteront les conférences de MSC, ils parleront des crises mondiales, des raisons pour lesquelles ils ne devraient pas faire confiance aux États-Unis, et comment l’Europe doit prendre les choses en main.

Pour y parvenir, de plus en plus d'Européens croient qu'ils ont besoin de former un seul super-État, unifié sous un seul dirigeant fort. Et comme nous le disons depuis 80 ans, ce dirigeant sera un Allemand.

L’article de mon père, « L'Allemagne—un nouveau roi est imminent », en première page de la Philadelphia Trumpet de janvier déclare :

L'Allemagne réclame aujourd'hui un dirigeant plus fort, et l'Union européenne veut un leadership et une direction plus forte de la part de l'Allemagne.

Déjà, beaucoup se demandent si le déclin de Merkel laisse présager des temps instables et dangereux pour l'Europe. Le New York Times a écrit que son annonce « a créé un certain degré de panique au sein de l'Union européenne » (30 octobre, 2018). L'ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Joshcka Fischer, écrivait le 30 octobre : « Il n'est pas exagéré de dire que 2019 sera l'année qui fera ou défera l'Union européenne. »

C'est un moment crucial et historique pour le continent. Sa crise migratoire et ses problèmes financiers menacent d'exploser. L'Islam radical est maintenant profondément enraciné et pourrait lancer de nouvelles attaques à tout moment. Et maintenant, il n'y a pas de chef fort à la barre. Pouvez-vous voir pourquoi nous devons surveiller l'Allemagne ?

Ce week-end, surveillez l'Allemagne ! 

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