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À la découverte de Khirbet Qeiyafa

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À la découverte de Khirbet Qeiyafa

Les fouilles menées par le professeur Yosef Garfinkel dans une ancienne ville fortifiée ont permis de mettre au jour des éléments importants de l’histoire biblique.

Khirbet Qeiyafa est un site extrêmement unique en Israël. Contrairement à la plupart des autres villes israélites anciennes qui ont été fouillées, ce site fortifié est relativement « facile » pour les archéologues. Cela est dû au fait qu'il n'a fonctionné que brièvement en tant que ville et ne présente qu’une seule couche principale de peuplement (contrairement aux 26 couches de Megiddo, par exemple). Il n’y a qu’une seule couche de destruction. Tout ce qui se trouve sur le site date essentiellement de la même époque (à l’exception de quelques ajouts beaucoup plus tardifs et moins étendus).

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Précisons une chose dès le début : Khirbet Qeiyafa n’a pas été définitivement identifié à une ville spécifique dans la Bible (d’où le nom arabe couramment utilisé). Quelques options sont possibles, comme le décrira cet article. Cependant, ce site particulier, habité pendant seulement quelques décennies, contribue grandement à établir le contexte des premières (et très controversées) années du royaume d’Israël, à l’époque du roi David lui-même.

Philistin ou israélite ?

Khirbet Qeiyafa est une grande colline fortifiée située à environ 32 kilomètres au sud-ouest de Jérusalem. Elle se trouvait directement entre les frontières géographiques des terres israélites et philistines, surplombant la vallée d’Elah (vallée des Térébinthes), où s’est déroulée la bataille entre David et Goliath (1 Samuel 17 : 2). Cette forteresse était établie dans une zone contestée. À qui appartenait-elle : aux Philistins, aux Israélites ou à une autre culture ?

Les tentatives visant à prouver l’appartenance de cette forteresse ont donné lieu à des informations intéressantes. Les minimalistes bibliques affirment qu’à l’époque où cette structure a été construite, Israël était trop petit, ne disposait pas d’un gouvernement centralisé et était donc incapable d’établir une forteresse aussi monumentale. Ils affirment que Khirbet Qeiyafa a dû être construit par les Philistins ou une autre culture, mais certainement pas par Israël. Les traditionalistes bibliques acceptent le point de vue biblique et historique, et pensent qu’Israël était capable de produire une telle structure et que la question restante est de savoir si ce site a servi aux Israélites ou aux Philistins.

Les fouilles archéologiques menées sur le site par le professeur Yosef Garfinkel de 2007 à 2013 ont révélé des milliers d’ossements d’animaux. Après l’analyse des ossements, une révélation intéressante est apparue : aucun d’entre eux ne provenait de porcs. Dans les villes philistines et cananéennes (surtout les premières), les ossements de porcs sont fréquents—les porcs étaient utilisés comme nourriture et probablement aussi comme sacrifices. Sur ce point, Khirbet Qeiyafa se démarque—et est comparable aux sites judaïques, où l'on ne trouve que peu ou pas de restes de porcs.

Les preuves linguistiques de la présence des habitants du site comprennent un grand tesson de poterie, ou ostracon, couvert d’une écriture ancienne qui peut être identifiée comme un précurseur de l’hébreu. Les preuves structurelles comprennent le fait que les maisons de Khirbet Qeiyafa ont été construites le long du mur de la ville selon un plan dit de casemate, que l’on ne trouve pas dans les villes philistines ou cananéennes, mais qui est unique aux villes judéennes. Le site n’a pas non plus de lieu central de culte à l’intérieur. D’autres preuves basées sur des artefacts incluent l’absence d’idoles sur le site—les « images gravées » sont communes aux villes philistines et cananéennes.

Un certain nombre de noyaux d’olives ont été excavés de Khirbet Qeiyafa et ont été datés au carbone 14. L’analyse a donné une datation comprise entre environ 1020 à 980 avant J.-C., ce qui correspond directement à la chronologie biblique des rois Saül et David. (En gros, le règne de Saül peut être identifié entre 1050 et 1010 avant J.-C., celui de David entre 1010 et 970 avant J.-C., et celui de Salomon entre 970 et 930 avant J.-C.).

La majorité des preuves collectives à Khirbet Qeiyafa indiquent donc qu’il s’agit d’un site judaïque.

De l’époque du roi David ?

À la lumière de cette preuve, pourquoi affirmer que Khirbet Qeiyafa n'était pas israélite ? La raison en est sa datation. La poterie et l’analyse au carbone 14 ont permis de dater la ville de la fin du 11e au début du 10e siècle avant J.-C. Cela signifie que le site a été construit à l’époque du roi David (peut-être même à l’époque du roi Saül). Les minimalistes affirment que David n’était qu’un chef de tribu exerçant un contrôle minimal sur une petite région d’Israël à cette époque. Cela signifie que si une forteresse importante comme Khirbet Qeiyafa est découverte datant de l'époque du roi David, ils en concluent qu'elle a dû être construite par un autre peuple. Malgré les poteries de style judaïque, les méthodes de construction, les os de porc manquants, les centres de culte et les idoles manquants, ces minimalistes pensent que Khirbet Qeiyafa ne faisait pas partie d'un royaume israélite parce qu'Israël—et en particulier la tribu méridionale de Juda—n'aurait pas pu avoir l'unité nationale et l'infrastructure nécessaires à la construction de cette grande forteresse.

Pourtant, les preuves archéologiques, qui correspondent au récit biblique, révèlent exactement le contraire. Il s’agissait d’une puissante forteresse du royaume d’Israël, qui gardait la frontière entre la tribu voisine de Juda et les Philistins.

Un équivalent biblique

Khirbet Qeiyafa est-il mentionné dans la Bible ? Les archéologues ont présenté certaines possibilités. L’une d’entre elles est Adithaïm, mentionnée dans Josué 15 : 36. Cette hypothèse repose sur le fait que les villes énumérées dans ce verset suivent un ordre géographique précis : en se basant sur la situation géographique des autres villes citées dans ce chapitre, Khirbet Qeiyafa pourrait correspondre à Adithaïm.

Une autre possibilité est Netaïm. Cette ville est mal référencée dans la plupart des bibles en langue française : « C’étaient les potiers et les habitants des plantations et des parcs ; ils demeuraient là près du roi et travaillaient pour lui » (1 Chroniques 4 : 23). Le mot « plantations » est en fait le nom d’une ville, Netaïm. Quant au mot « parcs », il renvoie à la ville de Guedera. Compte tenu de la proximité de Khirbet Qeiyafa et de Guedera dont il est question dans ce même verset (ces villes étant proches de la vallée d’Elah), certains supposent que Khirbet Qeiyafa pourrait être Netaïm.

Le nom le plus communément accepté est celui choisi par l’excavateur du site, le professeur Yosef Garfinkel : Schaaraïm. Schaaraïm signifie « deux portes ». Khirbet Qeiyafa a la particularité d’être la seule ville connue de la période du Premier Temple dotée de deux portes. Les villes forteresses typiques étaient construites avec une seule porte, car le point d’entrée et de sortie est la partie la plus faible de l’installation. (Jérusalem est un cas complètement particulier, avec de nombreuses portes décrites.) Pourtant, pour une raison inconnue, Khirbet Qeiyafa possède deux grandes portes identiques à quatre chambres, l’une au sud et l’autre à l’ouest. La raison pour laquelle la ville avait deux portes n’est pas claire, mais ce qui est clair, c’est que cette ville correspond certainement au nom « deux portes » : Schaaraïm.

Schaaraïm est mentionné dans quelques versets bibliques, tous dans des contextes anciens (ce qui correspond à l’occupation ancienne de Khirbet Qeiyafa). Elle est mentionnée à côté de la ville d’Adithaïm dans la liste des villes évoquées dans Josué 15 : 36, ce qui montre que Schaaraïm était située dans la même zone géographique générale.

Une autre référence à cette ville se trouve dans 1 Samuel 17 : 52, qui décrit les suites de la bataille de David contre Goliath : « Et les hommes d’Israël et de Juda poussèrent des cris et allèrent à la poursuite des Philistins jusque dans la vallée et jusqu’aux portes d’Ékron. Les Philistins blessés à mort tombèrent dans le chemin de Schaaraïm, jusqu’à Gath et jusqu’à Ékron. »

Khirbet Qeiyafa surplombe directement la vallée d’Elah, où s’est déroulée la bataille entre David et Goliath (et la défaite de l’armée philistine qui s’en est suivie). Ainsi, le cadre temporel et l’emplacement permettent d’identifier Khirbet Qeiyafa comme étant Schaaraïm.

Un autre verset fournit une possible référence intéressante à cette ville. Il se situe plus tôt dans l’histoire de David et Goliath. Le verset 20 décrit l’arrivée de David avec des provisions pour les Israélites campés contre les Philistins : « David se leva de bon matin. Il laissa les brebis à un gardien, prit sa charge, et partit, comme Isaï le lui avait ordonné. Lorsqu’il arriva au camp, l’armée était en marche pour se ranger en bataille et poussait des cris de guerre. »

Ce mot pour « camp », magal, peut signifier un rempart circulaire. Khirbet Qeiyafa est une forteresse circulaire située au sommet d’un monticule ou d’un « rempart ». Est-il possible que David ait apporté ses provisions à cette forteresse circulaire où était basée l’armée israélite et d’où il est descendu pour combattre Goliath ?

La Bible contient une autre référence à Schaaraïm, dans le livre des Chroniques : « Shimei eut seize fils et six filles. Ses frères n’eurent pas beaucoup de fils. […] Ils habitaient à […] Beth-Marcaboth, à Hatsar Susim, à Beth Bireï et à Schaaraïm. Ce furent-là leurs villes jusqu’au règne de David, et leurs villages » (1 Chroniques 4 : 27-31).

Ce passage établit un lien spécifique entre la ville de Schaaraïm et l’époque du règne de David. Ce verset indique que Schaaraïm a été peuplée par la famille de Shimeï jusqu’au règne de David. À en juger par ce verset et les versets précédents, nous voyons que si Khirbet Qeiyafa était vraiment la Schaaraïm biblique, elle a été établie au moins comme un emplacement stratégique avant même que David ne devienne roi, mais a complètement disparu par la suite—ce qui correspond bien aux données du carbone 14.

Les découvertes

Khirbet Qeiyafa est un site relativement nouveau pour les fouilleurs. Son existence est connue des archéologues et des géomètres depuis la fin des années 1800, mais il était considéré comme un village arabe n’ayant pas grand-chose à voir avec l’archéologie biblique. Ce n’est qu’au cours des 20 dernières années que les archéologues ont commencé à observer plus en détail la structure intrigante de l’ancienne forteresse. C’est ainsi que les fouilles qui ont débuté en 2007 et ont eu lieu depuis ont permis de faire de nombreuses découvertes fascinantes.

L’un de ces objets est le grand tesson de poterie mentionné ci-dessus, sur lequel sont gravées cinq lignes de texte proto-hébraïque. Ce type d’artefact est appelé ostracon. L'ostracon altéré, vieux de 3 000 ans, est incomplet et difficile à traduire correctement, mais Émile Puech propose une reconstruction possible (bien que fragmentaire) : « N’opprimez pas, et servez Dieu […] dépouillé(e) il/elle Le juge et la veuve ont pleuré ; il avait le pouvoir sur l’étranger résident et l’enfant, il les a éliminés ensemble Les hommes et les chefs ont établi un roi Il a marqué 60 [?] serviteurs parmi les communautés/habitations/génération. »

Cette lecture est étonnamment similaire au récit biblique de la nature de la nomination du roi Saül (1 Samuel 8 : 11-19). Cela pourrait confirmer que Khirbet Qeiyafa était une forteresse israélite en activité lors de l’établissement du royaume d’Israël. Il convient également de noter les mots utilisés dans l’inscription—selon le professeur Gershon Galil, huit des mots présents dans le texte apparaissent seulement dans la Bible.

Non seulement Khirbet Qeiyafa valide la présence d’un royaume israélite fort à une date précoce, mais il montre aussi que l’écriture—l’une des nécessités vitales pour faire fonctionner un royaume—était connue et pratiquée.

Khirbet Qeiyafa a également livré une autre inscription intéressante sur une jarre de stockage. Cette inscription porte les mots « Eschbaal, fils de Beda ». Saül lui-même avait un fils de ce nom (1 Chroniques 8 : 33). Cette inscription confirme donc l’utilisation de ce nom pour des personnages appartenant à la même période. En revanche, dans les périodes ultérieures de l’histoire d’Israël, les noms de ce type qui comportent le terme « Baal » tombent en désuétude.

Parmi les autres découvertes intéressantes, citons deux objets portatifs de taille moyenne en forme de « boîte », ressemblant à des sanctuaires, l’un en argile et l’autre en pierre. Leurs caractéristiques ont été comparées aux descriptions bibliques du temple et du palais de Salomon à Jérusalem, datant du 10e siècle.

Le modèle en pierre comporte trois montants de porte en retrait. 1 Rois 7 : 4-5 décrit Salomon utilisant ce style d’architecture pour son bâtiment palatial près du temple (et il est probable qu’il ait utilisé la même technique pour le premier temple lui-même). En outre, la Mishna (Middoth 3, 7) montre que le cadre de la porte du temple d’Hérode était construit de la même manière que sur ce modèle.

L’ouverture de la porte modèle elle-même mesure 20 centimètres de haut sur 10 centimètres de large. La Mishna décrit le second temple comme ayant une porte de 40 amah de haut sur 20 amah de large, soit les mêmes proportions (Middoth 4, 1 ; il est important de noter qu’une grande partie de la conception du second temple a été influencée par le premier).

Le modèle comporte sept « carrés » en saillie sous le toit. Chaque carré est divisé par deux lignes en trois petits rectangles. Il est clair que ceux-ci sont censés représenter les extrémités des poutres transversales en bois qui soutiennent le toit. Cette représentation est en fait un élément de conception relativement « avancé » appelé un « triglyphe », qui apparaît dans les édifices grecs classiques quelque 400 ans plus tard. Le fait que ce motif était déjà connu à une époque aussi ancienne—le 10e siècle avant J.-C.—indique que le royaume israélite primitif était beaucoup plus avancé et influent en matière de construction et de conception qu’on ne le pensait à l’origine.

En outre, cette technique de construction de triglyphes est presque certainement mentionnée dans la description de la « forêt du Liban » de Salomon (1 Rois 7 : 2-3), dans la description du temple de Salomon (1 Rois 6 : 5) et dans la description du temple par Ézéchiel (Ézéchiel 41 : 6). Les traductions de ces passages sont problématiques, mais à la lumière de cette récente découverte, elles prennent tout leur sens. Voici la traduction du professeur Garfinkel et de Madeleine Mumcuoglu d’Ézéchiel 41 : 6 : « Et les planches étaient organisées par trois, en 30 groupes de triglyphes, placés sur le mur, autour de tout le bâtiment, sans être intégrés dans les murs du bâtiment. »

Il serait juste de supposer que l’inspiration pour le triglyphe grec classique est venue d’un édifice israélite impressionnant qui utilisait de telles techniques. Et quel édifice plus impressionnant et plus influent que le temple lui-même ? La maquette de sanctuaire en argile présente également ces caractéristiques (ainsi qu’un pilier de chaque côté de l’entrée—encore une fois, dans ce cas, en parallèle avec la conception du temple).

Outre ces autres découvertes, les archéologues ont mis au jour une grande structure palatiale au centre de Khirbet Qeiyafa. C’est probablement là que le gouverneur aurait pris place. La ville elle-même aurait abrité entre 500 et 600 personnes à l’intérieur de ses murs fortifiés, dont certaines pierres pesaient jusqu’à 8 tonnes.

Khirbet Qeiyafa aujourd’hui

On ne sait pas pourquoi Khirbet Qeiyafa a été abandonné si tôt dans l’histoire du royaume d’Israël. Peut-être n’était-il plus nécessaire comme moyen de dissuasion contre les Philistins après que le roi David les ait finalement éliminés en tant que menace et que Salomon ait commencé son règne long et paisible. La nature générale et la date de l’abandon et de la destruction du site doivent faire l’objet d’une étude plus approfondie.

Khirbet Qeiyafa a été réutilisé par intermittence après la conquête du royaume de Juda par Babylone au sixième siècle avant J.-C., généralement en tant que zone agricole. Il y a eu quelques projets de construction isolés sur le site, à la fin de la période perse et au début de la période hellénistique, ainsi que pendant la période byzantine. Cependant, la ville-forteresse n’a jamais retrouvé sa gloire d’antan, comme ce fut le cas au début du 10e siècle, sous le règne du roi David.

Il reste encore beaucoup de travail archéologique à faire sur ce site unique. Bien que de nombreuses découvertes aient déjà été faites, on estime que seulement 20 pour cent du monticule a été fouillé. Ainsi, alors que les débats et les arguments abondent concernant la véracité du récit biblique du royaume d’Israël sous Saül et David, l’histoire découverte à Khirbet Qeiyafa reste un témoin, tout comme elle l’était il y a plus de 3000 ans—en regardant la vallée d’Elah, où un jeune homme, plein de foi et la fronde à la main, s’est approché d’un géant.

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