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L'Éthiopie est en difficulté
La politique éthiopienne est sur le point de changer à jamais. Le pays est confronté à trois crises, dont chacune pourrait bientôt plonger l'Éthiopie dans les affres de la guerre à nouveau.
L'Érythrée
L'un des plus gros problèmes de l'Éthiopie vient du fait qu'elle est enclavée. Lorsque l'Érythrée s'est séparée de l'Éthiopie en 1993, elle a pris le contrôle d'Assab, le port par lequel entrent 90 pour cent des échanges commerciaux de l'Éthiopie. L'Érythrée a permis à l'Éthiopie d'accéder à Assab jusqu'à la guerre entre l'Érythrée et l'Éthiopie en 1998. Aujourd'hui, l'Éthiopie doit faire transiter au moins 90 pour cent de ses échanges commerciaux par Djibouti.
L'envoi de marchandises par Djibouti coûte à l'Éthiopie environ 1,6 milliard de dollars par an en frais portuaires, et l'économie éthiopienne est aujourd'hui très dépendante de l'unique autoroute qui relie Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie, à Djibouti. L'Éthiopie a cherché à accroître ses échanges commerciaux via le Kenya et la Somalie, mais sans succès. L'Éthiopie semble avoir abandonné la diplomatie comme moyen d'accéder à la mer.
Le 1er septembre, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qualifia la perte de l'Érythrée d'« erreur » qui « sera corrigée ». Vingt jours plus tard, le maréchal Birhanu Jula déclara aux soldats éthiopiens qu'ils allaient combattre une nation qui nie à leur pays l'accès à la mer :
Notre population actuelle est de 130 millions d'habitants et atteindra 200 millions d'habitants dans les 25 prochaines années. Comment se fait-il que les intérêts de 2 millions de personnes [en Érythrée] prévalent sur ceux de 200 millions de personnes ? […] Nous allons renforcer nos forces de défense, accélérer notre développement et sécuriser une issue maritime.
Le 3 novembre, l'ambassadeur d'Éthiopie au Kenya qualifia Assab de « richesse de l'Éthiopie » et déclara qu'elle serait rendue « par la force ». Il déclara : « La question n'est plus de savoir si Assab nous appartient ou non, mais de savoir comment la récupérer ? » Quelques jours plus tard, le ministre éthiopien des Affaires étrangères remit également en question la légitimité de l'Érythrée.
De nombreux Éthiopiens demandent la liberté « du barrage à la mer », faisant référence au Grand barrage éthiopien et au chant populaire pour l'indépendance de la Palestine.
Il s'agirait probablement d'une guerre relativement facile pour l'Éthiopie. Le produit intérieur brut de l'Éthiopie de 110 milliards de dollars bat à plate couture le 2 milliards de dollars de l'Érythrée. De même, bien que l'Érythrée n'ait jamais fait l'objet d'un recensement officiel, la population de l'Éthiopie (135,5 millions d'habitants) dépasse de loin celle de l'Érythrée, estimée entre 2 et 6 millions d'habitants.
Cependant, d'autres facteurs entrent ici en jeu. L'Éthiopie est en proie à des violences qui pourraient rendre la guerre avec l'Érythrée beaucoup plus destructrice.
Un conflit interne
L'Éthiopie pourrait bientôt connaître une véritable guerre avec deux de ses principaux groupes ethniques. Pendant des décennies, l'Éthiopie a été dirigée par le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (fdrpe). Ce dernier était composé de quatre partis politiques fondés sur l'appartenance ethnique. Ces partis représentaient le Tigré, les Oromos, les Amharas et les communautés du sud. Les Tigréens ont été les plus influents au sein du fdrpe pendant la majeure partie de son histoire, mais cela changea en 2018 lorsque les électeurs Amhara et Oromo se sont unis pour élire le dirigeant oromo Abiy Ahmed au poste de Premier ministre.
En 2020, la guerre éclata entre le gouvernement oromo et le Front de libération du peuple du Tigré (flpt). Là encore, les Amharas et les Oromos travaillèrent ensemble pour vaincre le flpt.
Cela se retourna contre les Amharas. Il est apparu clairement que le gouvernement oromo n'avait aucun intérêt à gouverner aux côtés des Amharas. Lorsque Addis-Abeba et le flpt conclurent la paix en 2022, les Amharas furent exclus des discussions. L'accord de paix indique même que le territoire conquit par les Amharas pendant la guerre serait rendu au Tigré.
La situation s'aggrava lorsque Addis-Abeba annonça son intention d'assimiler les 11 forces de défense régionales de l'Éthiopie, fondées sur l'appartenance ethnique, en une seule armée fédérale. De peur que cela ne laisse les Amharas sans défense face aux Tigréens et au gouvernement, la plupart des soldats amharas ont fait défection pour rejoindre les Fano, une pléthore de petites milices unies par un mépris pour Addis-Abeba.
Les Fano ont tourmenté le gouvernement fédéral pendant des années par des attaques mineures ici et là. Lorsque le gouvernement se concentrait sur un groupe de Fano, un autre attaquait ailleurs. Le gouvernement s'est retrouvé à jouer au chat et à la souris.
Mais la situation s'est encore aggravée pour Addis-Abeba cette année. En mai, quatre groupes majeurs Fano ont annoncé qu'ils fusionneraient pour former l'Amhara Fano National Force [Force nationale Amhara Fano] (afnf). Non seulement l'Afnf a mené des attaques beaucoup plus coordonnées et de grande envergure (elle mène actuellement une offensive majeure), mais Addis-Abeba doit consacrer une plus grande partie de son armée à la lutte contre les insurrections au lieu de se préparer à la guerre avec l'Érythrée.
Cela arrive à un terrible moment pour Addis-Abeba. Pendant qu'elle se prépare à lutter contre l'Érythrée, Addis-Abeba s'efforce d'écraser les insurrections dans sa région la plus peuplée, l'Oromia, et de faire face aux effets d'entraînement des conflits dans trois de ses pays voisins. Elle a une mission de maintien de la paix dans la Somalie voisine et se prépare aux conséquences de la guerre au Soudan et à la guerre imminente au Sud-Soudan.
Pire encore, il semble qu'Addis-Abeba se retrouvera bientôt dans une nouvelle guerre avec les Tigréens. Si le traité de paix de 2022 rend aux Tigréens les terres de l'Amhara, les Amharas ne l'accepteront pas. Mais si ce n'est pas le cas, les Tigréens ne l'accepteront pas.
Cependant, cette guerre du Tigré sera probablement très différente de la précédente et beaucoup plus difficile pour Addis-Abeba.
Lors de la guerre de 2020, l'Amhara et l'Érythrée étaient du côté du gouvernement. Si une nouvelle guerre devait éclater, l'afnf et l'Érythrée se battraient aux côtés des Tigréens. Addis-Abeba a accusé ces trois groupes de travailler ensemble.
Les tensions internes de l'Éthiopie sont actuellement un véritable chaos. Mais un autre facteur géographique majeur doit être pris en compte.
L'Égypte
Nombreux sont ceux qui n'attirent pas l'attention sur ce troisième facteur — lequel est sans doute le plus important.
L'Éthiopie est la source du Nil Bleu qui représente 85 pour cent de l'eau du Nil. Le Nil est essentiel à la survie de l'Égypte. Environ 97 pour cent de son eau provient de cette rivière.
Toutefois, l'Éthiopie a récemment construit un barrage sur le fleuve, ce qui a permis à Addis-Abeba d'exercer une influence considérable sur l'Égypte. Ralentir l'écoulement du Nil couperait l'Égypte de sa ressource la plus vitale. Laisser passer trop d'eau provoquerait des inondations en Égypte. L'Égypte a déjà accusé l'Éthiopie de gérer « de manière imprudente » son nouveau barrage.
C'est pourquoi l'Égypte souhaite exercer une influence sur l'Éthiopie ou obtenir un gouvernement favorable en Éthiopie. Pendant la guerre du Tigré, l'Égypte a été accusée de soutenir les insurgés. Un article paru le 5 septembre dans Horn Review affirme que l'Égypte encercle militairement l'Éthiopie en s'alliant avec les pays et les milices environnants.
Le 30 octobre, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi réaffirma son soutien à la « souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Érythrée ». Si une guerre devait à nouveau éclater, l'Égypte serait probablement un acteur majeur — même si ce n'est que dans les coulisses.
L'Égypte pourrait unifier tous ces différents acteurs contre l'Éthiopie. Warfronts rapporta que la seule chose qui unifie les afnf , flpt, l'Érythrée et d'autres acteurs est un mépris partagé pour le gouvernement éthiopien. Il dit : « Si cet ennemi commun venait à disparaître, le ciment qui maintient ce groupe uni se dissoudrait […] ». Toutefois, une force dominante finançant et dirigeant ces acteurs séparés pourrait les maintenir ensemble.
Un autre facteur à prendre en compte est que, si la guerre éclate, aucun des deux camps ne semble en mesure de remporter une victoire décisive. Mais l'Égypte pourrait faire la différence.
L'avenir
Les allégations concernant l'implication de l'Égypte peuvent sembler improbables, mais elles pourraient être en accord avec la prophétie biblique.
Le livre biblique de Daniel est pour notre époque. Daniel 12 : 4 et 9 parlent du « temps de la fin » — le temps auquel Jésus-Christ faisait référence lorsqu'il dit : « Et, si ces jours n'étaient abrégés, personne ne serait sauvé [vivant] ; » (Matthieu 24 : 22). Cela ne peut faire référence qu'à l'ère nucléaire moderne.
Daniel 11 : 40-43 prophétise la destruction du « roi du midi ». Le rédacteur en chef de la Trompette, Gerald Flurry, a prouvé que cela fait référence à une alliance de nations ou groupes islamistes radicaux dirigés par l'Iran. Les versets 42 et 43 annoncent que l'Égypte, la Libye et l'Éthiopie feront partie de cette alliance.
Mais remarquez comment l'Égypte est mentionnée deux fois dans ces versets, alors que la Libye et l'Éthiopie ne sont mentionnées qu'une seule fois. Dans son livre gratuit Le roi du sud, M. Flurry explique :
Dans Daniel 11 : 42-43, l'accent est mis sur l'Égypte — puis nous avons la Libye et l'Éthiopie. Cela montre que l'Égypte est la grande conquête ! C'est la véritable puissance derrière la Libye et l'Éthiopie, ce qui laisse penser qu'elle va jouer un rôle déterminant pour faire basculer ces deux nations dans le camp iranien.
Le gouvernement éthiopien n'est pas aligné sur l'Iran aujourd'hui, mais l'Égypte — une fois qu'elle se sera fermement placée du côté de l'Iran - changera cela.
Nous ne pouvons pas savoir si les troubles actuels de l'Éthiopie entraîneront directement ce changement, mais la tension dans la Corne de l'Afrique pourrait avoir d'énormes implications prophétiques. Visiblement, l'Érythrée se rapproche déjà du camp iranien.
L'influence croissante de l'Iran dans cette région pourrait bientôt être exploitée. L'Éthiopie va bientôt connaître une révolution.