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DANIEL ROLAND/AFP/Getty Images

La crise économique globale va-t-elle bientôt frapper l'Allemagne ?

Deutsche Bank semble être taillée sur mesure pour donner un mal de tête à Angela Merkel.

Les plus grandes banques de l'Allemagne sont en grave difficulté. Ce n'est pas exactement une nouvelle. Avant la crise financière, le prix des actions de Deutsche Bank était à près de €120 (us$ 135) l’action. Au début de cette année elles étaient à €21.45 (us$ 24). Cette semaine, elle a frappé son prix le plus bas depuis 1973 et se maintient actuellement en dessous de 11€. Sa situation est maintenant si désespérée que son nom fait tendance sur Twitter.

Depuis la crise financière de 2008, l'Allemagne a été le roc de la stabilité pour l'économie européenne. Elle a surmonté la tempête avec un taux de chômage peu élevé, alors que les crises économiques renversaient des systèmes politiques entiers ailleurs en Europe. Maintenant les banques au cœur même de l'économie allemande semblent être à la limite de la faillite. La crise économique globale qui a commencé en 2008 pourrait être sur le point de frapper l'Allemagne.

Ceci est bien plus qu'un problème pour les actionnaires riches. Ceci a des implications personnelles pour la chancelière allemande, Angela Merkel, les politiques allemandes dans leur ensemble, la crise de l'euro, la crise de l'immigration, et l'ensemble de l'Europe. Comme le fondateur de Geopolitics Futures, George Friedman, a écrit il y a une semaine : « L'Allemagne est la quatrième plus grande économie dans le monde, la plus grande économie en Europe, le prêteur de dernier recours, et la fondation de la stabilité européenne. Si l'Allemagne faiblit ou se déstabilise, l'Europe se déstabilise, et il n'est pas trop extrême de dire que si l'Europe se déstabilise, le monde peut se déstabiliser aussi. »

Le déclenchement immédiat de l'incertitude est venu le 16 septembre, lorsque le Département de la justice des États-Unis a annoncé que la banque pourrait avoir à payer des amendes jusqu'à 14 milliards de dollars américains pour régler les poursuites concernant des produits financiers garantis par les hypothèques. Normalement, 14 milliards seraient une somme insignifiante pour une banque. Mais à en juger par le prix de ses actions, Deutsche Bank ne vaut que 18 milliards de dollars. Le montant final qu'il finira par payer sera moindre—probablement par quelques milliards de dollars. Mais la compagnie perd des milliards d'euros chaque année—il semble que ce n'est qu'une question de temps avant que les actions de la banque ne valent plus rien.

Le 26 septembre, la banque a nié les rumeurs qu'elle avait demandé de l'aide à la chancelière Merkel concernant cette amende et qu'elle lui a été refusée. Les rumeurs ont fait chuter le prix des actions d'un autre 7 pour cent.

Le prix des actions et la profitabilité ne déterminent pas le niveau de solvabilité d’une banque. Une chute catastrophique dans le prix des actions seules ne signifie pas qu'elle risque de faire faillite. Mais elle démontre combien importants sont les problèmes de l'institution. Et cela signifie que les gens perdent rapidement confiance dans la banque.

Cet été, le fonds monétaire international (imf) a déclaré que Deutsche Bank est la banque la plus dangereuse au monde. Parmi les plus importantes banques systématiquement globales, « Deutsche Bank semble être le plus important contributeur net aux risques systémiques, » a-t-il écrit le 30 juin.

Deutsche Bank est une des deux banques au cœur du système économique allemand. L’autre est Commerzbank, et elle est aussi en difficulté. Elle partage les problèmes à long terme de Deutsche Bank. Avant la crise financière, le prix des actions de Commerzbank a atteint près de €300 (us$ 336) par action. Maintenant, elles sont justes au-dessus de €6. Ces problèmes sont aussi dans les nouvelles—elle a annoncé qu'elle couperait 10 000 emplois et ne donnerait aucun dividende cette année.

Deutsche Bank est plus vieille que l'Allemagne elle-même. Connus comme les Trois Grands, Deutsche Bank, Commerzbank, et Dresdner Bank ont financé l'économie allemande depuis des décennies. Au milieu des années 1980, une étude du gouvernement allemand a découvert qu'elles contrôlaient l'autorité votante de 3/4 des actions de la plupart des grandes compagnies allemandes. Dresdner Bank a fait faillite dans la crise financière de 2008 et a dû être rachetée par Commerzbank, donc les Trois Grands sont maintenant les Deux Grands. « Séparer Deutsche Bank des but politiques du gouvernement allemand ou de la structure des corporations allemandes est impossible, » a rapporté la revue Geopolitical Futures. « Ils sont liés inextricablement. » Si n'importe laquelle de ces banques fait faillite, un très grand nombre d'entreprises allemandes vont prendre un coup sérieux.

Une crise à Deutsche Bank se répandrait bien au-delà de l'Allemagne. La banque a des liens profonds avec d’autres banques dans le monde entier, incluant plusieurs aux États-Unis. Elle causerait le pire épisode de la crise européenne à ce point. Et elle placerait Madame Merkel dans une position impossible.

Une faillite à Deutsche Bank déclencherait une crise politique en Allemagne, au même moment où l'euro zone se retrouve en plein effondrement économique. Ainsi il semble presque certain que Deutsche Bank, et probablement Commerzbank, recevrait une certaine forme d'aide de l'État s'ils étaient sur le point de s'effondrer.

Cela pourrait être le moindre de deux maux, mais c'est toujours dangereux. Dans les récentes élections à Berlin, les partis marginaux d'extrême gauche—les Verts et le Parti de Gauche—ont gagné environ 30 pour cent du vote. Beaucoup d'Allemands ne seraient pas heureux de voir leur gouvernement renflouer les riches. La pression sur l'Union Démocratique chrétienne pour se débarrasser de Merkel augmenterait.

Et toute la stratégie de Merkel pour la crise de l'euro s'effilerait. « Si Deutsche Bank fait faillite, il semble de plus en plus probable qu'elle emportera Merkel avec elle—et fort possiblement l'euro aussi, » a écrit Matthew Lynn dans le Telegraph. Il a écrit :

« La politique de sauver Deutsche Bank est terrible. L'Allemagne, avec sa chancelière en tête, s'est établie comme le gardien de la responsabilité financière au sein de la zone euro. …Si l'Allemagne déciderait de sauver ses propres banques tout en laissant les autres banques faires faillite, cela semblerait, pour le présenter doucement, juste un peu inconsistant. … En fait, il deviendrait impossible de maintenir la ligne dure en Italie, et probablement en Grèce aussi. »

Et pourtant, si Deutsche Bank faisait faillite, et que le gouvernement allemand n'intervenait pas avec un plan de secours, ce serait un coup énorme à la plus grande économie d’Europe—et au système financier global. Personne ne sait vraiment à combien s’élèveraient les pertes, ou l’impact que causerait ce choc. Il porterait presque certainement un coup fatal au système bancaire italien, et les banques françaises et espagnoles suivraient. …

En fait, Merkel joue un jeu très dangereux avec Deutsche Bank—et un jeu qui pourrait facilement tourner très mal. Si son refus de sanctionner un renflouement est responsable d'un effondrement pour Deutsche Bank cela pourrait facilement mettre fin à son terme à la chancellerie. Mais si elle la secourrait, l'euro pourrait commencer à s'effondrer. Ce n’est pas étonnant que les marchés observent le déclin impitoyable dans le prix de ses actions avec une horreur croissante.

Mais l'aspect le plus troublant de cette histoire vient quand il est mis en contexte avec d'autres signes inquiétants venant de l'Allemagne. L'économie allemande dépend des exportations. Une croissance faible dans la zone euro signifie que les autres nations européennes ne peuvent pas se permettre d'acheter autant de biens de l'Allemagne. Ils ont réussi à compenser pour cette perte d'affaires en vendant à la Chine et aux États-Unis. Cependant, l'Amérique importe moins maintenant. Ceci a un effet assommoir sur la Chine, ce qui signifie que les deux derniers clients en croissance de l'Allemagne vont ralentir simultanément.

Au même moment, des organismes internationaux lancent des avertissements à propos de la santé de l'économie globale entière. En raison de la dépendance de l’Allemagne sur les importations, les problèmes globaux deviennent rapidement des problèmes allemands. La banque des règlements internationaux a prévenu dans son rapport trimestriel du 18 septembre d'une instabilité croissante du marché financier, spécialement en Chine. L'instabilité qu’elle prévient « ne semble pas être cataclysmique, » a écrit Friedman, « mais étant donné que l'Allemagne est au cœur de ce tremblement de terre, même une secousse modérée la fera tomber. »

Le rapport annuel de la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, publié le 22 septembre, est plus sinistre. Dans son article « L'ONU craint une troisième phase de la crise financière globaleavec la possibilité d’un défaut épique de la dette, » écrit l'éditeur des affaires internationales du Telegraph, Ambrose Evans-Pritchard, avertissant que la crise à venir « pourrait être la crise définitive du capitalisme global, et la défaite de l'orthodoxie libérale du marché-libre. … »

Une crise seulement chez Deutsche Bank, ou même chez Deutsche Bank et Commerzbank, pourrait possiblement être réglée avec un plan de secours. La dette de l'Allemagne est gérable, et elle collecte plus en revenus d'impôts que ce qu'elle dépense. Mais quand vous regardez la situation entière, il est clair que la crise bancaire est un symptôme d'une maladie bien plus profonde—une qui ne peut pas être guérie aussi facilement. La semaine dernière, Friedman a averti :

« Selon moi, il y a un sentiment croissant en Allemagne que le système allemand s'effondre … les secousses sont maintenant ressenties par les meilleurs analystes financiers au monde : les gens ordinaires qui travaillent pour vivre et qui ont besoin de leur chèque de paye pour survivre. La base politique de l'Allemagne moderne s'effondre.… »

Les crises économiques dans les années 1930 ont poussé les Allemands à voter pour les nazis et les communistes. Maintenant il y en a qui votent déjà pour les partis marginaux comme L'Alternative pour l'Allemagne et Le Parti de Gauche. Ils ne sont pas semblables aux nazis et les communistes, mais la tendance pointe vers le même rejet des politiques habituelles.

Au même moment, des troubles économiques en Allemagne ouvrirait toutes les vieilles blessures et les questions dans la crise de l'euro. Une telle crise transformerait l'Allemagne et l'Europe.

Nous avons déjà vu ceci en Grèce. La nation est dirigée par Syriza, un parti qui avait gagné seulement 5 pour cent du vote avant la crise financière. Le parti est arrivé de nulle part pour gouverner le pays. Si le même type de secousses politiques frappe l'Allemagne, ses effets seraient ressentis dans le monde entier.

Même si ces problèmes n'explosent pas bientôt—par exemple, si les investisseurs ne vérifient jamais l’hypothèse que le gouvernement allemand va toujours appuyer ses banques principales—les faiblesses sont toujours présentes, prêtes à assurer que toute crise globale secouera profondément l'Allemagne.

Herbert W. Armstrong a écrit en 1984 qu'une crise bancaire massive en Amérique « pourrait soudainement résulter à pousser les nations européennes à s'unir comme une nouvelle puissance mondiale, plus puissante que l'Union Soviétique ou les États-Unis. » (lettre au co–ouvriers, le 22 juillet, 1984). La crise de l'euro a exposé que la zone euro ne peut pas fonctionner dans sa forme actuelle—elle doit soit s'effondrer ou se rassembler en un Super-État. L'Europe a mis de l'avant certaines politiques importantes en faveur de ce Super-État. Mais une nouvelle éruption de la crise bancaire, cette fois en Allemagne, placerait la zone euro sous une pression bien plus intense que même en 2008. Elle modifierait les politiques allemandes, tout en forçant en même temps au moins certains pays de la zone euro à s’unir—deux tendances-clés que la Trompette prévoit depuis plusieurs années.

Pour en savoir plus sur comment une crise économique pourrait transformer l'Allemagne et l'Europe, lisez l'article de l'éditeur en chef de la Trompette, Gerald Flurry : « La crise financière mondiale donnera 10 rois à l’Europe. »