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La Russie exige un nouveau rideau de fer

ANATOLII STEPANOV/AFP VIA GETTY IMAGES

La Russie exige un nouveau rideau de fer

Depuis des mois, la Russie se prépare à… quelque chose. Il ne s'agit pas seulement de 175,000 soldats aux frontières de l'Ukraine, mais aussi des menaces de bouleverser l'accord de paix dans les Balkans, de faire délibérément grimper les prix du gaz en Europe à des niveaux records en plein hiver et de créer une crise des migrants à la frontière orientale de l'Europe.

Ce ne sont pas des événements fortuits. Il a fallu des mois, et même des années, pour les préparer et les coordonner, et ils frappent tous en même temps.

La spéculation médiatique s'est concentrée sur une invasion de l'Ukraine comme objectif probable de la Russie. Cela pourrait faire partie des ambitions du président russe Vladimir Poutine. Mais si vous prévoyez d'envahir un pays, vous passez généralement à l'action, souvent avec le moins d'avertissement possible. La Russie a été au bord de l'invasion pendant deux ou trois mois à la fin de 2021. Poutine fait tout un spectacle en menaçant l'Ukraine. Il joue un jeu plus important.

Le 17 décembre, nous avons peut-être eu un aperçu de ce jeu. La Russie a publié une liste étonnante de demandes. Si elles sont acceptées, elles constitueront le plus grand changement dans l'ordre mondial depuis la fin de la guerre froide.

La Russie a exigé un nouveau traité avec les États-Unis et un accord multilatéral distinct avec l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord qui garantirait ce qui suit :

  • Pas d’expansion de l’OTAN plus à l’Est, avec une promesse spécifique de ne jamais permettre à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN ;

  • Aucune activité militaire de l’OTAN en Europe orientale, en Ukraine, dans le Caucase ou en Asie centrale ;

  • Aucune force supplémentaire de l’OTAN ne peut être déployée dans les pays d’Europe de l’Est qui sont devenus membres de l’OTAN après 1997 (ce qui signifie que la Pologne, les États baltes et d’autres pays seraient exclus de toute assistance supplémentaire de l’OTAN) ;

  • Pas d’exercices de l’OTAN en Europe de l’Est sans la permission de la Russie ;

  • Les États-Unis et la Russie ne stationneront pas d’armes nucléaires à l’étranger ;

  • Les missiles nucléaires américains en Europe seront rendus ;

  • Aucune des deux parties ne stationnera de missiles à portée courte ou intermédiaire à portée de l’autre.

Si ces demandes ne sont pas satisfaites, la Russie a promis une « réponse militaire » d'une ampleur similaire à celle de la crise des missiles de Cuba.

Ces demandes ne ressusciteraient pas le rideau de fer et le pacte de Varsovie, mais elles constitueraient un pas important dans cette direction. En cas d'accord, les États-Unis et l'OTAN franchiraient une ligne qu'ils ont jusque-là refusé de franchir : donner à la Russie un droit de regard sur les relations étrangères des autres pays. L'Ukraine et d'autres pays deviendraient une sorte d'État de seconde zone, incapable de s'éloigner de la Russie sans sa permission. Les États-Unis déclareraient publiquement que la Russie est le maître de l'Europe de l'Est et que les États-Unis n'y opèrent qu'avec la permission de la Russie.

Beaucoup s'attendaient à ce que les États-Unis rejettent ces demandes du revers de la main—et il est encore temps pour Washington de le faire. Mais un haut fonctionnaire anonyme de l'administration a déclaré que si « les Russes savent que certains éléments de ces documents sont inacceptables », d'autres « méritent d’être discutés ». Ce document pourrait donc devenir le point de départ d'une sorte de grande négociation sur l'Europe de l'Est.

Mais il y a un autre événement « coïncident » qui permet de prendre la Russie au sérieux. Toute cette pression a commencé peu après que la Russie et l'Allemagne aient achevé leur gazoduc Nord Stream 2. Ce projet concerne bien plus que le pétrole et le gaz. Il a permis à la Russie de faire chanter les pays d'Europe centrale et orientale en leur coupant le gaz tout en continuant à en vendre à des clients ouest-européens plus lucratifs.

Le gazoduc Nord Stream 2 est un signe spectaculaire de la collaboration entre l'Allemagne et la Russie—à un tel point que certains responsables polonais l'ont appelé le gazoduc Molotov-Ribbentrop 2, en référence au tristement célèbre accord qui vit Adolf Hitler et Joseph Staline se partager l'Europe de l'Est.

Pourquoi la Russie commencerait-elle cette poussée juste après l'achèvement du gazoduc ? Cet arrangement entre la Russie et l'Allemagne cache-t-il autre chose ?

L'Ukraine se plaint déjà que l'Allemagne l'empêche d'adhérer à l'OTAN et empêche également les autres membres de l'OTAN de lui vendre des armes.

Dans le magazine de la Trompette de novembre-décembre 2008, le rédacteur en chef Gerald Flurry a écrit :

Savez-vous que l'Allemagne et la Russie ont probablement déjà réglé leurs différends les plus urgents ? […] Je crois que les dirigeants allemands ont peut-être déjà conclu un accord avec la Russie, un pacte moderne Hitler-Staline dans lequel l'Allemagne et la Russie se partagent les pays et les actifs. Cet accord permettrait à chacune des parties de se tourner vers d'autres cibles. Tout accord de ce type qui aurait été conclu entre l'Allemagne et la Russie est un précurseur de la guerre !

Si un tel accord est mis en place, il devra couvrir les actions de la Russie en Europe de l'Est. L'achèvement de Nord Stream 2 signifie-t-il que nous atteignons une nouvelle étape dans ce partenariat ?

Dans son article de 2018 « La guerre secrète de l'Allemagne et la Russie contre l'Amérique  », M. Flurry note que l'Allemagne semble vouloir détruire l’OTAN. « Nord Stream 2 lie la Russie et l'Allemagne d'une manière qui déstabilise l'OTAN », a-t-il écrit. « En fait, même si la Russie et l'Allemagne ne l'admettent pas, ce projet de gazoduc est clairement destiné à détruire l’OTAN. »

« De nombreux Allemands faisant partie de l'élite estiment que leur pays a maintenant obtenu tout ce qu'il pouvait des États-Unis et ils sont prêts à aller de l'avant », a écrit M. Flurry. « Certains allemands puissants aujourd'hui pensent de plus en plus au Saint Empire romain, et ils veulent que l'Allemagne moderne assume davantage de pouvoir dans l'esprit de cet empire. Ils veulent établir l'Europe comme une superpuissance formidable, dirigée par l'Allemagne. »

Les dernières exigences de la Russie anéantiraient l'OTAN. Il serait impossible pour la Pologne, les États baltes et les autres pays qui se sentent en danger de dépendre des États-Unis. Incapables de faire face à la Russie seuls, ils devraient remplacer l'Amérique, comme base de leur défense, par l'Europe. Et concrètement, cela signifie l'Allemagne.

Les exigences de la Russie auraient donc pour effet de réduire à néant l'influence des États-Unis en Europe et de diviser le continent entre la Russie et l'Allemagne. C'est exactement le genre d'accord contre lequel nous mettons en garde au sujet de la Russie et l'Allemagne depuis des années.

Cette histoire est toujours en train de se dérouler, et il y a encore beaucoup d'inconnues. Peut-être les États-Unis refuseront-ils de bouger d'un pouce. Peut-être que Vladimir Poutine, n'ayant pas réussi à obtenir ce qu'il voulait par l'intimidation, envahira l'Ukraine.

Mais au fur et à mesure de son déroulement, observez la relation russo-allemande. Comme l'a décrit avec force M. Flurry dans sa dernière émission de la Clef de David, cette relation en dit long sur l'Allemagne d'aujourd'hui. Elle montre que des éléments puissants s'efforcent d'amener l'Allemagne dans une direction radicalement nouvelle—de rompre son alliance avec les États-Unis et de dominer l'Europe comme l'Allemagne l'a fait par le passé. L'Allemagne sait que la Russie a le potentiel d'être un ennemi puissant. Mais elle sait aussi que pour atteindre ces objectifs immédiats, la Russie pourrait être son meilleur allié.

Les exigences de la Russie semblent étranges et presque risibles—comme si elles venaient d'un autre monde, un monde où les grandes puissances s'affrontent et où les nations craignent d'être envahies.

En Amérique et en Grande-Bretagne, il est facile de se convaincre que l'on ne vit pas dans ce genre de monde. Les exigences de la Russie sont un signal d'alarme qui montre que vous y vivez.

« L'histoire montre que l'Allemagne et la Russie ne sont pas réellement des partenaires », écrit M. Flurry. « Quand ils concluent des accords de paix et des partenariats économiques, c'est un signal que l'un ou l'autre ou les deux se préparent à une sorte d'exploit impérialiste. Ceci rend le projet Nord Stream 2 extrêmement inquiétant. »

« Jérémie 1 : 13 enregistre Dieu montrant au prophète une vision d'une ‘chaudière bouillante ; du côté du septentrion [du Nord] », prévient-il. « Ce langage symbolique décrit l'Allemagne moderne. Sous la surface, cette nation est pleine d'insatisfaction latente concernant l'ordre mondial actuel. Les Allemands sont en colère contre les États-Unis, et surtout furieux contre le président Trump. L'ambition impérialiste qui a incité l'Allemagne à entamer les deux guerres mondiales est bien vivante. C'est ‘bouillonnant’ ! »

Les signes d'un accord russo-allemand sont des signes de cette marmite bouillonnante. C'est un signe de l'ardeur avec laquelle les deux pays travaillent pour renverser l'ordre mondial américain. Pour en savoir plus sur cette prophétie et sur la direction qu'elle prend, regardez l'émission de la Clef de David, Germany Going Underground [L’Allemagne entre dans la clandestinité].