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La véritable raison pour laquelle l’Allemagne veut acheter le NYSE

Kai Pilger/unsplash.com

La véritable raison pour laquelle l’Allemagne veut acheter le NYSE

Le plus grand symbole de la force économique de l’Amérique est mis aux enchères. Devinez pourquoi l’acheteur probable le veut.

Ce sera un jour qui sombrera dans l’infamie. Le plus grand symbole de la puissance économique de l’Amérique—l’institution prééminente de la domination financière anglo-saxonne—est sur le point d’être vendu.

Et à un rival allemand.

Aucune institution ne représente mieux l’Amérique que la Bourse de New York [nyse]. C’est la maison du capitalisme. Et à travers les années, elle a dans l’ensemble bien servi l’Amérique. Nul autre pays dans le monde n’a produit tant de richesse aussi vite. Bien sûr, les très riches en ont une part disproportionnée mais—vous pouvez taper tant que vous voulez sur le capitalisme—elle a aussi produit la plus grande classe moyenne de l’histoire.

Tout au long de la majorité de ses 219 ans, la Bourse de New York a également propulsé la croissance de sociétés américaines exceptionnelles, en les associant à de grands groupes de financement pour entraîner une expansion rapide—et d’une manière tout aussi importante, en punissant ces sociétés qui refusaient, ou étaient incapables, de s’adapter et d’innover. Pour le meilleur ou pour le pire, c’est l’instrument qui a aidé à garder des sociétés américaines en première ligne, compétitives et responsables.

Et maintenant, le nyse meurt d’une mort très capitaliste.

Quand les cloches tinteront pour la dernière fois au 11 Wall Street américain, ce sera un jour menaçant et rempli de présages. Mais probablement pas pour la raison à laquelle vous pensez.

Où les médias américains et allemands sont en désaccord

Les médias américains vendent l’histoire comme s’il s’agissait d’une fusion d’égal à égal. La nouvelle compagnie ainsi créée sera le plus grand groupe de change du monde en matière de recettes—évaluées à plus de 25 milliards de dollars. Le directeur général viendra du groupe nyse, tandis que le président viendra de la Deutsche Börse (la Bourse allemande).

Mais c’est là où l’égalité finit.

En Allemagne, cela a été annoncé comme un achat pur et simple. La dite «fusion d’égal à égal» est une composition de façade pour satisfaire les Américains. Soixante pour cent de la nouvelle compagnie issue d’une fusion seront composés d’actionnaires de la Deutsche Börse—ce qui leur donnera droit de vote. Les plans actuels peuvent nécessiter que New York demeure un siège social pour compléter les centres régionaux de la Deutsche Börse à Francfort et à Paris. Mais la réalité, c’est que les Bourses de Paris et de New York deviendront toutes les deux un peu plus que la marque symbolique du siège social de la nouvelle compagnie.

«Il ne va y avoir aucun ‘concept de triangle’ ici» a dit une source au Financial Times (11 février).

Le seul concept de triangle sera celle d’une pyramide—avec Francfort au sommet. «New York sera important, mais ce ne sera pas le centre financier», dit Michael La Branche, membre d’une société familiale cotée au nyse pendant 87 ans.

Mais même avant la fusion, environ la moitié des actionnaires du groupe nyse était déjà européenne. En 2006, nyse a fusionné avec Euronext, consolidant New York avec les échanges à Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne, avec de futurs échanges à Londres. Maintenant, si l’opération de la Deutsche Börse se conclut, il est possible que les actionnaires américains en possèdent encore moins. En outre, plus de la moitié du conseil d’administration viendra de la Deutsche Börse.

Le bâton de la direction économique est passé de nouveau: de Londres à New York, en 1919, et maintenant de New York à Francfort, en 2011.

Selon certains experts, les régulateurs américains ne pourront, fort probablement, pas bloquer la capitulation du nyse non plus. Il y a juste quelques années, ils ont approuvé la fusion du nyse avec Euronext. En plus, comme l’a révélé le Financial Times, il y a «‘un bon soutien’ au plus haut niveau politique en Allemagne» pour l’opération. Par conséquent les régulateurs américains risqueraient d’offenser un partenaire commercial important et un allié s’ils bloquaient l’opération.

Qu’arrive-t-il à l’Amérique? A-t-elle vraiment perdu tellement de force économique au point qu’une compagnie—issue d’une nation autrefois réduite à l’état de décombres par des bombardements—achète maintenant l’institution qui a contribué à lever les fonds pour rendre possible l’effort de guerre de l’Amérique?

Est-ce un risque stratégique?

Les questions concernant la sécurité nationale surviennent à la lumière d’une affaire internationale comme cela. Pour sa part, le gouvernement allemand a dit que, comme les deux compagnies impliquées dans la fusion sont privées, il n’aura qu’un un rôle «limité» dans la nouvelle entité.

Mais comme notre article d’août 2006, «Les États-Unis vont-ils perdre le nyse?» le demandait: «Et si les relations entre l’Amérique et l’Europe se crispaient? Est-il est irréaliste d’être inquiet du fait que des intérêts étrangers, en position de saboter la plus grande Bourse d’Amérique, seraient tentés de le faire?»

Même au-delà du simple fait de saboter des marchés, pensez à toutes les données sur les compagnies américaines que des intérêts étrangers seraient capables d’exploiter. Déjà le nyse vend l’accès à grande vitesse à ses ordinateurs aux fonds spéculatifs afin qu’ils puissent échanger une fraction de seconde avant les clients habituels, selon la Daily Finance.

Pourtant, voici peut-être la partie la plus menaçante de l’opération.

Les Allemands ne veulent probablement même pas la Bourse de New York!

Pour en revenir à toute l’agitation de drapeau patriote qui a eu lieu à la nouvelle de la perte imminente du nyse, la vérité c’est qu’il est en déclin dramatique depuis des décennies. Les scandales ont ruiné sa réputation, et sa rentabilité rétrécit. Les quelques dernières années ont surtout été ravageuses. Depuis l’effondrement de Wall Street en 2008, même les Américains le dénigrent. En 2005, il a traité 80 pour cent de toutes les valeurs qu’il a cotées; maintenant il en traite moins d’un quart. En tant que société anonyme par actions, sa réserve s’est effondrée de 64 pour cent depuis que cette dernière a été cotée.

Son modèle des affaires est brisé également. Avec l’avancée de la technologie, il n’y a rien que fait New York qui ne peut être fait ailleurs avec moins: moins de coûts, moins de réglementation et moins de taxation.

La triste et simple vérité, c’est que New York n’est plus le joyau de la couronne économique convoité qu’elle a été autrefois. Elle ressemble plus aux bijoux de fantaisie ternis—jolis à porter, mais sans beaucoup de valeur.

Les compagnies allemandes ne se donnent même plus la peine de faire des cotations à New York. Deutsche Telekom a été la dernière à se retirer le 18 juin de l’année dernière. Daimler avait décidé de quitter deux semaines avant cela. Des 11 sociétés du dax allemand (ses plus grandes entreprises de premier ordre) autrefois cotées à New York, seulement quatre croient toujours que l’effort en vaut la peine.

La véritable prise de l’Allemagne

Pour la Deutsche Börse, la véritable prise réside dans ce qu’Euronext-nyse possède—avec l’accentuation sur Euronext.

En 2006, le nyse et la Deutsche Börse ont lutté pour avoir le contrôle d’Euronext qui possède les Bourses de Paris, Amsterdam, Lisbonne et Bruxelles aussi bien qu’une Bourse de produits dérivés, à Londres. Les employés de la Deutsche Börse pronostiquaient la fusion potentielle avec Euronext comme la création d’une «organisation de changes vraiment paneuropéenne», et «un pas en avant significatif dans l’intégration des marchés financiers européens» (Agence France-Presse, 22 mai 2006).

New York a gagné la bataille quand elle a contrarié la Deutsche Börse et fusionné avec Euronext.

Cinq ans plus tard, la Deutsche Börse semble être sur le point de gagner la guerre. La Deutsche Börse est sur le point d’avoir Euronext après tout—et le nyse, quelle qu’en soit la valeur.

Et de la perspective allemande, cela n’aurait pu venir à un meilleur moment. Avec une grande partie de la périphérie de l’Europe dans la crise économique, l’Allemagne pousse pour une plus grande union économique—selon ses conditions. En échange de l’argent des subventions, l’Allemagne force les pays endettés à déléguer la souveraineté nationale. Le fait de prendre possession des plus grandes Bourses en Europe ne fera qu’ajouter une puissance de feu supplémentaire aux armes financières, déjà impressionnantes, de l’Allemagne. Dans les années à venir, l’Union européenne est appelée à devenir une institution beaucoup plus allemande.

Si cette fusion a lieu, les Bourses d’Amsterdam, Paris, Lisbonne, Bruxelles, Francfort et de neuf autres pays européens tomberont toutes sous contrôle de la Deutsche Börse d’Allemagne. Et ce n’est pas tout.

La Deutsche Börse aura également le contrôle de l’ancienne unité de produits dérivés d’Euronext, à savoir Liffe. Une fois combinée avec les unités de produits dérivés de la Deutsche Börse, la nouvelle compagnie dominera les marchés de produits dérivés mondiaux, que la Banque des règlements internationaux estimait à une valeur hypothétique ahurissante de 1,28 quadrillion [1,28 million de milliards de milliards] de dollars, en 2008.

Un aperçu de la valeur réelle de l’Amérique

Mais si l’Allemagne ne s’intéresse même pas vraiment à la Bourse de New York (à part peut-être pour son petit prestige restant), qu’est-ce que cela dit de l’Amérique? Cela signifie que l’Amérique n’est plus la superpuissance économique prééminente qu’elle croit être.

«Cela confirmera davantage dans l’esprit des dirigeants politiques et financiers mondiaux, que le budget américain béant et les déficits extérieurs, tout l’emprunt étranger et le chômage élevé qui s’ensuit, sont des attributs significatifs d’une superpuissance économique dans le déclin», dit Peter Morici, professeur d’économie à l’Université du Maryland.

P. Morici a raison. Les Américains s’assoient pour parler de patriotisme et du mal qu’il y a dans le fait qu’une de leurs icônes soit vendue, mais cela ne fait pas pour autant ressortir le point le plus important. L’Amérique tombe si vite que son institution financière la plus célèbre est au mieux un actif secondaire pour l’Allemagne.

L’Amérique suit rapidement les pas de la Grande-Bretagne pour devenir une puissance de second rang, dans une position financière de troisième rang, à la frontière de l’intenable. Bourse ou pas Bourse, les Américains devraient avoir une peur bleue de terminer comme les Britanniques. Et ces deux peuples devraient craindre le destin d’une puissance beaucoup plus ancienne: le royaume tombé de Belschatsar.

Vous pouvez lire à son sujet dans Daniel 5. Il y est dit quelque chose de ce genre: Mene Mene Tekel Upharsin (Compté, compté, pesé, et divisé): «Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger».

Les Américains doivent lire l’écriture sur le mur [ou ‘sur la muraille’ («wall», en anglais)]—les Américains doivent lire l’écriture sur Wall Street. Vous savez ce qui arrive ensuite. 

LA TROMPETTE EN BREF

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