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JODY AMIET/AFP/Getty Images

Le système de positionnement par satellites de l’Europe est mis en service

Le système Galileo de l’Europe révèle son ambition de superpuissance.

Galileo, le système de positionnement par satellites de l’Europe, fut mis en service le 15 décembre. Le projet est le résultat du refus de l'Union européenne de continuer à compter sur les États-Unis et montre sa détermination à rejoindre les «grandes ligues». Jusqu'à présent, seul les deux superpuissances de la Guerre froide—les États-Unis et la Russie—ont eu leurs propres systèmes de positionnement par satellites.

Cet événement marquant a lieu alors que l’UE rend les utilisations militaires de son programme spatial plus publiques.

La géolocalisation par satellites—bien au-delà d'une simple commodité pour les voyageurs ayant un mauvais sens d’orientation—a pris de l'importance croissante. Les véhicules automatisés de toutes sortes utilisent des systèmes de positionnement. Ils sont largement utilisés dans l'exploitation minière et ont même mené à l'avènement de «l'agriculture de précision». De la construction à l'archéologie, de plus en plus d'utilisations de la technologie sont découvertes.

Mais ce sont les armées modernes qui dépendent le plus sur la géolocalisation par satellites, et c'est pourquoi l'Europe a été si déterminée à construire la sienne.

Garder une trace de vos propres forces et suivre les forces ennemies avec précision est un bonus énorme sur le champ de bataille. Il en va de même pour les munitions intelligentes—les bombes, les missiles et les projectiles d’artillerie—guidées exactement à leur cible.

Le monde n'a vraiment besoin que d'un système de géolocalisation. Mais aucune nation ne veut que son armée dépende de celle d’autrui—par conséquent, une demi-douzaine de puissances travaillent sur leur propre version du Global Positionning System (GPS) [Système de positionnement global].

Le GPS américain, ou Navstar, est le système de positionnement par satellites le plus connu. La Russie a développé son système mondial de positionnement par satellites (GLONASS) pendant la Guerre froide. Il est tombé en ruine, mais le président russe Vladimir Poutine a investi massivement dans sa restauration, et il couvre maintenant le monde entier.

Les Chinois travaillent sur leur BeiDou ou système Compass. Actuellement, elle ne fonctionne que dans la région Asie-Pacifique, mais ils prévoient une couverture mondiale d'ici à 2020. L'Inde et le Japon travaillent également sur leurs propres systèmes régionaux.

Presque toutes les grandes puissances du monde veulent leur propre système de géolocalisation.

L'indépendance de l'Amérique a été au cœur des efforts de l'Europe dès le départ. En 2001, le président français Jacques Chirac a déclaré que sans Galileo, les nations de l'UE deviendraient des "vassaux" à l'Amérique. En 2002, la direction générale des transports et de l'énergie de l'UE (le département chargé de la supervision du projet de géolocalisation par satellites Galileo) a indiqué que «Galileo soutiendra la politique européenne de défense commune que les États membres ont décidé d'établir». Le rapport continua:

Il ne s'agit pas ici d'entrer en conflit avec les États-Unis, qui sont et resteront nos alliés, mais simplement une question de mettre fin à une situation de dépendance. Si l'UE juge nécessaire d'entreprendre une mission de sécurité que les États-Unis ne considèrent pas comme étant dans son intérêt, elle sera impuissante si elle ne dispose pas de la technologie de géolocalisation par satellites qui est désormais indispensable. Bien que conçu principalement pour des applications civiles, Galileo donnera également à l'UE une capacité militaire.

Le système a maintenant 18 satellites. Il a besoin de 24 pour devenir pleinement opérationnel. Huit autres seront lancés en 2017 et 2018. L'Europe vise à avoir un total de 30 satellites, de sorte qu'il a des pièces de rechange pour la sauvegarde. Jusqu'à ce qu’il atteigne sa pleine capacité opérationnelle en 2020, le système ne sera pas disponible en tout temps.

Le système vise également à être plus précis que le GPS de l'Amérique, donnant une précision d’environ un mètre gratuitement et de quelques centimètres pour des clients payants.

Au début, une grande partie du système Galileo était relativement hostile aux dirigeants américains inquiets qu'une nation avec qui ils étaient en guerre pourrait bénéficier de Galileo. Les responsables de l'UE ont déclaré qu'ils n'empêcheraient pas les ennemis américains d'accéder à Galileo en temps de guerre. En fait, ils avaient l'intention de faire fonctionner Galileo sur la même fréquence que le GPS—ce qui signifie que l'Amérique ne pouvait pas bloquer l'accès de l'ennemi à Galileo sans brouiller son propre accès au GPS.

Des responsables de la Force aérienne des États-Unis ont menacé d'abattre les satellites européens si une telle situation se produisait, provoquant l'Europe à reculer. La relation glaciale causée par les deux systèmes concurrents s’est depuis détendue.

L'UE tient à souligner que son système est un projet civil, contrairement aux systèmes russe et américain. Mais à toutes fins pratiques, ils sont les mêmes. Galileo est également mis en place pour que, en temps de crise, il peut être limité uniquement au personnel militaire européen et aux services d'urgence.

Le député allemand du Parlement européen, Reinhard Bütikofer, a affirmé que la Commission européenne avait délibérément caché l'ampleur des usages militaires pour le projet. Jusqu'en mars 2011, les documents «ne faisaient même pas allusion à l'étendue des utilisations militaires du projet», a-t-il dit.

S'il avait fait preuve d'une plus grande attention, il l'aurait vue dès le départ.

Les utilisations militaires des autres programmes spatiaux européens sont de plus en plus évidentes. Le 26 octobre, l'UE a publié son tout premier document sur la politique spatiale, qui souligne l'importance militaire de ses efforts. «L'espace est également d'une importance stratégique pour l'Europe», note-t-il. «Il renforce le rôle de l'Europe en tant que joueur mondial plus fort et constitue un atout pour sa sécurité et sa défense.»

Le document indique que les programmes spatiaux de l'UE envisageront des «services supplémentaires» pour aider à répondre aux «besoins émergents» dans «la sécurité et la défense» de l'Europe.

Un autre projet majeur du programme spatial européen est le Système d'observation de la Terre Copernicus. Il était à l'origine considéré comme un outil pour soutenir la «sécurité environnementale». Mais l'UE a modifié le texte, quelque peu; son but maintenant est de soutenir «l'environnement et la sécurité».

Les objectifs militaires du Parlement européen pour le système sont les suivants: «la surveillance des frontières en dehors de l'UE» et «des opérations de maintien de la paix de l'UE,» c'est-à-dire, des opérations militaires européennes.

«Il n'y a pas de projet d'observation de la Terre aussi grand que Copernicus,» a déclaré Anne Glover, ancienne conseillère scientifique de l'UE. «Il est déjà très clair que le système sera également utilisé à des fins militaires et de surveillance».

Le nouveau document de politique promettait «d'évaluer davantage le potentiel» de Galileo et de Copernicus pour «répondre aux besoins de l'UE en matière d'autonomie et de sécurité».

La poussée de l'Europe pour l'indépendance dans l'espace montre ses aspirations d’avoir une indépendance militaire des États-Unis. Le terme «autonomie stratégique» est devenu de plus en plus courant dans les documents officiels européens—tant au niveau de l'UE qu'au niveau national. L'Europe veut être en mesure d’agir seule et d’agir dans le monde entier. Et avec les États-Unis si dépendants de la technologie, Galileo et Copernicus ont le potentiel de transformer l'avantage de l'espace de l’Amérique en une faiblesse.

Surveillez la poussée constante de l'Europe à rendre son armée indépendante du GPS américain. Pour en savoir plus sur les progrès accomplis par les nations dans le monde pour devenir des puissances spatiales, lisez «La course spatiale tranquille».