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Le Vatican est-il un bastion des valeurs familiales?

Simone Savoldi/unsplash.com

Le Vatican est-il un bastion des valeurs familiales?

Pas autant que des millions de gens le croient.

Àun âge où le mariage et la famille sont victimes de vicieuses et impitoyables agressions, la croisade zélée de l’Église catholique romaine pour la défense de ces institutions semble impressionnante et louable.

Le 1er février, par exemple, le pape Benoît xvi s’en est violemment pris aux politiciens libéraux de Grande-Bretagne qui tentaient d’adopter une loi qui aurait soi-disant protégé les homosexuels contre la discrimination. Lors d’un discours devant 35 évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles, Benoît XVI a fustigé la loi immorale, et a exhorté les évêques à travailler ensemble pour s’y opposer avec un «zèle de missionnaire».

Une semaine plus tard, le pape a donné une conférence au Conseil pontifical pour la famille sur l’importance du mariage pour le bien-être des enfants. «La famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme est la plus grande aide que l’on peut porter aux enfants», a-t-il dit. «Soutenir la famille et promouvoir son véritable bien, ses droits, son unité et sa stabilité sont la meilleure façon de protéger les droits et les besoins réels des enfants.» Quatre jours plus tard, Benoît XVI a réaffirmé ce thème lors d’une rencontre avec des évêques en visite de Roumanie et de Moldavie. «L’épanouissement des vocations sacerdotales et religieuses dépend en bonne partie de la santé morale et religieuse de la famille chrétienne», a dit Benoît XVI.

Pour l’observateur conservateur vivant au milieu d’attaques de relativisme et le libéralisme moraux, la volonté du Vatican de s’attaquer aux problèmes tels que l’homosexualité, le mariage homosexuel et l’avortement est rafraîchissante et rassurante. Mais il y a un problème avec cette perception. Elle est trompeuse.

Comme le scandale pédophile qui a récemment affecté l’Église catholique le révèle, cette institution n’est tout simplement pas le bastion des valeurs familiales traditionnelles comme des millions de gens le croient.

Répandre l’hypocrisie

Le pape Benoît xvi a eu deux jours de réunions avec 24 évêques d’Irlande, en février. Le sujet de discussion a été le scandale sexuel affectant l’Église catholique en Irlande, dont les détails ont été connus, en novembre, avec la sortie du désormais célèbre rapport Murphy. Publié par le gouvernement irlandais, le rapport en trois volumes, a révélé une histoire abominable de décennies de violences physiques et sexuelles contre des enfants par le clergé catholique—et le complot visant à dissimuler les crimes odieux par une multitude de représentants catholiques de haut rang.

Bien sûr, ce n’était qu’un autre chapitre d’une saga sordide. La précédente mise au grand jour de ce problème, qui harcèle l’Église depuis longtemps, s’est produite en 2002. À cette époque-là, le pape Jean-Paul ii a été obligé de rencontrer des responsables d’églises aux États-Unis après que des dizaines d’histoires ont fait surface, montrant que les prêtres pédophiles avaient été à l’œuvre, pendant des décennies, dans les paroisses à travers le pays.

En fait, la décision d’examiner publiquement le scandale irlandais a ouvert les vannes pour un flot de victimes à travers l’Europe et le monde, afin qu’elles «parlent» de leur agression de la part de prêtres catholiques pervers. En avril, le scandale s’était transformé en une crise générale qui a commencé d’affecter toute l’Église, y compris le pape Benoît XVI et le Vatican.

En Allemagne, ont fait surface les cas de plusieurs centaines d’enfants abusés sexuellement par plus de 100 prêtres et membres laïcs catholiques. «Après des années d’étouffement, écrit Spiegel, le mur du silence semble s’émietter» (8 février). Le pape lui-même a été entraîné dans la crise en Allemagne, quand il est apparu qu’un prêtre connu pour ses abus sexuels avait travaillé dans un diocèse de Munich, dans les années 1980, alors que Benoît XVI y était archevêque. En avril, lorsque l’Église catholique a lancé une ligne téléphonique en Allemagne—par laquelle les victimes pouvaient dénoncer les crimes et demander des conseils—le standard aurait sauté après avoir été submergé d’appels.

À mesure que les victimes surgissaient de nulle part, en Allemagne, des centaines d’autres ont commencé à se faire connaître partout ailleurs en Europe—en Italie, en Autriche, en Suisse, au Danemark et en Norvège. Bientôt la réputation de l’Église est devenue une question de débat international féroce à mesure que les médias, les experts religieux et les citoyens ordinaires se penchaient sur le scandale qui se faisait jour rapidement. «Le scandale des abus sexuels sur des enfants parmi le clergé catholique—et le camouflage universel qui semble, au moins indirectement, avoir impliqué le cardinal Joseph Ratzinger avant qu’il ne soit élevé à la papauté—a gêné l’Église catholique et mis en colère des paroissiens», a souligné Newsweek (30 mars).

Alors que la crise explosait et que les reportages continuaient à ramener à la surface des abus habituellement camouflés par les autorités catholiques, les critiques contre l’Église et le Vatican s’intensifiaient. Certains ont même commencé à exiger la démission de Benoît XVI. En Amérique, le National Catholic Reporter a demandé au «Saint père… de répondre directement aux questions, au cours d’un forum crédible, sur son rôle» dans le camouflage des rapports sur l’exploitation sexuelle des enfants quand il était archevêque du diocèse de Munich (1977-82), et comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1982-2005).

Le pape Benoît xvi est à un carrefour, a dit au New York Times le journaliste vétéran du Vatican, Marco Politi. «Ce qui est extraordinaire, c’est que le scandale a atteint le cœur du centre de l’Église. Jusqu’à présent, il était au loin—aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Australie. Puis il est venu en Europe, en Irlande. Puis il est venu en [Allemagne]. Ensuite, il est venu dans son diocèse, et maintenant il vient au cœur du gouvernement de l’Église—et il doit donner une réponse», a-t-il dit (25 mars).

La réponse du Vatican

Bien que les dirigeants catholiques ont présenté des excuses publiques et faits des déclarations nécessaires aux victimes d’abus sexuels, leur réaction générale a été calculée et flegmatique.

Lorsque Benoît XVI a pris connaissance des conclusions du rapport Murphy en Irlande, il a réagi avec surprise et dégoût. Dans un communiqué de presse, en décembre dernier, il a dit qu’il partage l’«indignation, la trahison et la honte ressenties par tant de fidèles en Irlande». En mars, il a publié une lettre dans laquelle il dit aux victimes en Irlande: «Vous avez beaucoup souffert, et j’en suis vraiment désolé».

Comme le puits des victimes devenait plus profond, Benoît XVI et le Vatican ont continué à publier des déclarations, et à conduire des prières publiques en empathie avec la douleur et la souffrance des victimes. Mais de nombreux observateurs n’étaient pas convaincus de la repentance du Vatican. En ce qui concerne les pourparlers entre Benoît XVI et ses cardinaux irlandais, en février, Mike Ion a remarqué, dans le Guardian, qu’ils avaient, au mieux, manqué une occasion, et au pire, raté un simple exercice de relations publiques» (17 février).

La vérité dans ce jugement est évidente si vous lisez la déclaration officielle du Vatican publiée après la réunion. Bien que le document dénote un certain degré de chagrin dans sa tonalité à répondre à la forte demande que le Vatican donne un avis plus fort sur cette question, ce n’était rien de plus que des platitudes. Le Vatican a pris soin de ne pas admettre un iota de complicité. La déclaration, purement égoïste, était écrite, en fait, pour éloigner le Vatican de la conduite méprisable de ses représentants à Dublin.

Prenez, par exemple, cette banalité: «Ensemble, ils [Benoît XVI et les évêques irlandais] ont examiné l’échec des autorités de l’Église irlandaise, pendant de nombreuses années, à agir efficacement dans le traitement des affaires impliquant l’exploitation sexuelle des jeunes...». Bien entendu les «autorités de l’Église irlandaise» n’ont pas réussi à faire face à ces crimes odieux—mais qu’en est-il de l’ échec du Vatican à enquêter sur les histoires dégoûtantes qui suintaient, depuis des années, hors de l’Irlande?

À mesure que le scandale s’élargissait pour inclure des victimes en Allemagne et au-delà, Benoît XVI et le Vatican ont réagi, en grande partie, de la même manière. Tandis qu’il publiait des mots d’empathie et de réconfort, à consonance douce, aux victimes d’abus sexuels, et même certaines condamnations fermes à l’égard des prêtres auteurs d’abus sexuels, le Vatican n’a jamais explicitement reconnu sa propre culpabilité ni présenté ses excuses.

En d’autres termes, le Vatican doit encore se montrer véritablement repentant!

Lent à agir

Alors que la crise se poursuit, des observateurs objectifs se rendent compte que peu d’actes concrets de repentance, si même ils sont sincères, viennent du Vatican. Le pape Benoît XVI possède en nombre les outils qu’il faut pour éliminer les déviances sexuelles du milieu de l’Église. Le Vatican a une infrastructure de service de renseignements pour conduire des enquêtes solides, efficaces et transparente sur des allégations d’abus sexuels quand elles surviennent. Au lieu de se contenter de condamner des prêtres pervers, de les mettre à la retraite, ou de les transférer dans une autre paroisse, Benoît XVI pourrait les punir sévèrement. Plus important encore, en tant qu’autorité suprême dans l’Église catholique, Benoît XVI peut adopter des politiques visant à protéger son troupeau de ces loups ravisseurs.

Pourtant, le Vatican a été lent dans toutes, et chacune, de ses actions!

Les partisans du Vatican soutiennent que la portée de Benoît XVI—dans les congrégations catholiques situées dans les pays comme l’Irlande, l’Amérique et l’Allemagne—est limitée. On nous dit que la plupart des diocèses sont largement indépendants du Vatican, et fonctionnent avec peu de direction et d’assistance du siège. N’en croyez rien! Depuis qu’il est devenu pape, en 2005, Benoît XVI s’est montré remarquablement habile à lutter contre les politiciens et les politiques nationales qui n’adhèrent pas à la doctrine catholique ou à l’ambition du Vatican. Tout au long de son histoire, le Vatican s’est montré volontaire, et capable, pour faire tomber des gouvernements, élaborer des politiques nationales, détruire des carrières, faire face à des religions et idéologies concurrentes, et les saper.

En outre, si le Vatican voulait réellement protéger et éduquer les enfants, il agirait énergiquement sur cette question, et avec force, pour assurer que de tels crimes ne se reproduisent jamais!

L’Église catholique peut se présenter comme le bastion des valeurs familiales et morales. Mais ce message a été radicalement miné par la venue à la surface, à peu près constante, de crimes sordides commis par des dirigeants catholiques. En outre, l’approche sans enthousiasme du Vatican, vis-à-vis de ces scandales, est un signe que, en dépit de sa propre présentation comme défenseur du mariage et de la famille, cette institution est simplement une autre religion brisée incapable de guérir le cœur humain qui est malade. 

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