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Les fantômes des enfléchures

BAS CZERWINSKI/AFP/Getty Images

Les fantômes des enfléchures

Le procureur général des Nations unies pour les crimes de guerre a prétendu que le Vatican abrite un criminel de guerre croate. Pour ceux qui sont familiers avec l’histoire de l’après-Deuxième Guerre mondiale, cela ramène au souvenir des enfléchures.

Ceux qui connaissent l’histoire du Vatican sont au fait de son implication avec une organisation connue sous le nom de Odessa qui a pourvu à la sortie de beaucoup de nazis hors d’Europe, après la Deuxième Guerre mondiale. Ils sont également au fait d’un réseau clandestin de cachettes et d’itinéraires d’évasion utilisés par les nazis dans les étapes finales de la guerre et dans les années qui ont immédiatement suivi. Ce réseau fut généralement connu sous le nom d’«enfléchures».

Le grand public reste généralement ignorant du haut niveau d’implication de la hiérarchie du Vatican dans l’opération des enfléchures. Ce réseau secret a fourni un refuge sûr dans des monastères et dans d’autres possessions de l’église, et a utilisé le personnel de l’église pour faciliter l’évasion de milliers de nazis en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient, au Canada, en Australie et même aux États-Unis d’Amérique.

De même, l’individu moyen est probablement ignorant de ce que le pape actuel, Joseph Ratzinger, était lié aux opérations des réseaux d’enfléchures des routes d’évasion nazie du Vatican.

Pour celui qui connaît ce soutien de l’État du Vatican aux routes d’évasion nazie, il ne sera pas surprenant d’apprendre que Carla Ponte, le procureur général des Nations unies pour les crimes de guerre, ait déclaré, fin septembre, que le Vatican abritait le criminel de guerre croate Ante Gotovina. «J’ai l’information qu’il se cache dans un monastère franciscain, et donc que l’Église catholique le protège», a-t-elle dit. «J’en ai parlé au Vatican, et le Vatican refuse totalement de coopérer avec nous» (Reuters, le 20 septembre 2005).

Reuters indique, plus loin, que C. Del Ponte a déclaré que «Gotovina, ancien général recherché pour des atrocités commises par ses troupes en 1995 contre des civils serbo-croates, était abrité dans un des 80 monastères en Croatie, et que le Vatican pourrait probablement découvrir où, ‘en quelques jours’».

C. Del Ponte, catholique elle-même, est bien placée pour faire une telle déclaration. Son poste permet des contacts de haut niveau qui lui donnent la possibilité de savoir nettement (comme tous les fonctionnaires de niveau supérieur impliqués dans la politique internationale, la sécurité et la défense) que, comme elle a déclaré, «l’Église catholique a les services de renseignement les plus avancés» (ibid.).

A. Gotovina n’est pas un petit criminel. Comme l’a dit la b.b.c., «les forces qui sont sous le commandement du Général Gotovina sont accusées de tuer un grand nombre de Serbes et d’expulser jusqu’à 200 000 personnes de la région de Krajina, qui fait maintenant partie de la Croatie. Beaucoup de gens, en Croatie, le considèrent comme un héros national» (20 septembre 2005). Alors que la Croatie est majoritairement catholique, les Serbes souscrivent principalement à la religion orthodoxe.

Bien que C. Del Ponte prétende maintenant que le Vatican coopère, finalement—en menant des enquêtes, quand elle a soulevé la question en juillet dernier à Rome avec l’archevêque Giovanni Lajolo, l’équivalent, au Vatican, du ministre des Affaires étrangères—le Vatican l’a informée qu’il n’avait aucune obligation d’aider l’onu à traquer les suspects de crimes de guerre. D’habitude une telle position serait considérée tout simplement comme entraves à la justice; cependant, comme lors de la position du Pape Benoît xvi sur les accusations de complicité du Vatican en matière de pédérastie dans le sacerdoce, il considère l’église comme étant au dessus du droit civil. Comme l’État du Vatican l’a dit à la nation d’Israël—quand cette dernière s’est plainte du fait que J. Ratzinger, dans un discours récent sur le terrorisme, n’a pas condamné les actes terroristes palestiniens contre ce pays—aucun pouvoir ne peut dicter sa conduite au Pape!

Aussi, la Trompette voit-elle l’ombre des anciennes enfléchures nazies en train de monter pour, de nouveau, embrumer les perspectives de vraie justice consistant à pousser les fascistes catholiques à rendre des comptes. Nous avons régulièrement mis en garde contre ce passé qui se répétait. Maintenant, non seulement nous sommes témoins d’une démarche du Vatican, pour le cas Gotovina, identique à celles qui étaient utilisées pour la protection des criminels de guerre nazis, il y a 60 ans, mais de plus nous ne voyons personne d’autre que le Pape, lui-même, directement occupé, une fois encore, à entraver le cours de la vraie justice. Une telle position de Benoît xvi, si tôt dans sa papauté, est de mauvais augure pour l’avenir de l’Europe et, vraiment, pour celui du reste du monde. 

LA TROMPETTE EN BREF

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